Le Soulier de Sadida

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le Soulier de Sadida

Message par Eythann le Lun 25 Sep 2017 - 0:16

Dans un temps que l’on pourrait appeler Jadis, vivait une jeune disciple de Sadida. D’une quinzaine d’années à peine, elle était en cours d’apprentissage au temple pour y terminer sa formation. En particulier en matière de magie vaudou : la magie liée aux poupées. Étonnement, c’était quelque chose dont elle avait horreur et peur. Oui, cette Sadida avait peur des poupées.


Il faut dire que vu son expérience, il y avait de quoi : petite, elle avait été témoin d’une scène pour le moins marquante, si ce n’est traumatisante. Les conflits entre les deux cités étaient encore très forts à cette époque, et les batailles opposant ces dernières se faisaient partout sur le continent. Dans son village natal, la jeune femme, qui n’était alors qu’une gamine, eu droit à un bien triste spectacle : l’un des siens, un Sadida, utilisant la magie des poupées pour se débarrasser d’un adversaire.


Beaucoup diraient que les atrocités et les meurtres sanglants sont le pain quotidien des guerriers, mais aux yeux d’une enfant, voir un homme se faire torturer à mort parce qu’un Sadida manipule et mutile une poupée le représentant… Ça laisse des traces, et on ne parle pas ici de culotte. En tout cas, depuis cet épisode, la jeune femme n’a jamais souhaité se servir des poupées et des capacités dont disposent les Sadidas concernant ces dernières.


C’est pour combattre et dominer cette peur qu’elle fut envoyée au temple. Mais même là-bas, les maîtres et formateurs eurent beaucoup de mal avec elle. La moindre vue d’une poupée suscitait chez elle une tétanisation quasi-totale. Du coup, sa formation se concentra sur ce qu’elle pouvait manipuler : la magie des plantes. Mais dans tout le temple, sa peur des poupées lui avait valu une réputation pas toujours facile à assumer, surtout pour une Sadida.


Heureusement pour elle, elle avait quand même une qualité qui n’était pas des moindres, c’était une prodigieuse musicienne autodidacte. Elle savait jouer avec presque n’importe quel type d’instrument : des bois, des percussions, qu’ils soient à cordes ou à vent, aucun d’eux n’avait de secret pour elle. Et à plusieurs reprises, les résidents du domaine du Père du Peuple des Arbres se réunirent autour de ‘’celle qui craignait les poupées’’ non pas pour la railler, mais pour écouter avec admiration les mélodies qu’elle avait composées.


La jeune femme trouvait son inspiration dans les bois environnant le temple ; quand elle en avait la permission, elle s’aventurait dans la forêt en quête de nouveaux accords et morceaux à jouer.

Par un beau jour de printemps, elle fit sa promenade habituelle dans le bosquet, munie d’une simple flûte. Elle s’installa dans une clairière et commença à enchaîner quelques notes. C’est alors qu’un bruissement dans les grands arbres voisins se fit entendre.


Interrompant ses essais musicaux, la Sadida observa le lieu d’où provenait ce son singulier. Elle n’était pas seule cette fois...

Subitement, sur une branche, une poupée Sadida apparut des feuillages. La jeune femme d’abord surprise, se retint de crier d’effroi. Elle ne bougea pas, tenta de se maîtriser et de garder son calme. D’où venait cette poupée ? A qui appartenait-elle ? Ces questions trottaient dans la tête de l’adolescente qui serrait sa flûte comme si elle était son seul rempart contre sa phobie.


La poupée quant à elle, s’assit sur la branche, fixant la demoiselle de son regard. A cet instant, la Sadida ne sût trop quoi faire, avancer ? fuir ? la dégommer à coups de ronces ? La petite créature, sans expression, agita les bras avec une adresse surprenante ; elle semblait imiter un joueur de flûte. 

Bien que mal-à-l’aise, la Sadida, devant cette demande manifeste, reprit sa mélopée. Les notes étaient tremblantes et la peur perceptible, mais visiblement, la poupée écoutait avec attention.


Prenant peu à peu confiance, la jeune femme répétait en boucle sa dernière mélodie qui s’embellissait à chaque essai et la poupée était visiblement ravie de cette amélioration.

C’est alors que quelques rayons de lumière traversèrent les branchages et nimbèrent cette dernière. La Sadida se rendit alors compte d’un fait surprenant. La poupée était rattachée à des fils suffisamment fins pour être invisibles dans la pénombre et que ces derniers montaient dans l’arbre sur lequel se tenait la marionnette.


Elle comprit alors que quelqu’un tirait littéralement les ficelles. Quand elle écarquilla les yeux, la poupée remonta d’un saut dans l’arbre, disparaissant aussi vite qu’elle était venue. 

Quelques secondes plus tard, un bruissement se fit entendre, plus important que la fois dernière… Quelque chose bougeait dans l’arbre, quelque chose de visiblement plus volumineux… Et ça n’était pas peu de le dire ! Dans l’ombre de la forêt, une masse se mouva, descendant avec la délicatesse qui pouvait être la sienne (c’est-à-dire pas très discrètement…) du grand arbre.


L’être qui restait dans l’obscurité, leva une main au-dessus du sol, doucement, en faisant quelques mouvements de ce qui semblaient être de longs doigts de bois pointus. Cette main était en outre couverte de mousse, comme une mitaine. Une tige s’éleva de terre et se solidifia en un épais piquet.


Devant la Sadida qui observait avec un mélange de crainte, d’appréhension mais aussi d’émerveillement et de curiosité, la créature grimpa avec adresse sur la pousse fraîchement créée, elle s’installa en tailleur et se révéla à la lumière. C’était une créature humanoïde d’une peau couleur écorce et qui avait pour épaisse chevelure de larges feuilles vertes. Elle portait pour seul vêtement le pagne traditionnel des Sadidas et son visage était dissimulé derrière un énorme masque en bois orné de peintures et, sur le dessus, de quelques champignons.


La jeune femme ne réalisa pas vraiment ce qu’il se passait, mais elle pouvait sentir, tout autour d’elle, la végétation s’exciter. Apparemment, cet être avait une aura incroyable sur les plantes qui s’empressaient de revêtir leur plus belle apparence.


D’un signe de tête, la vénérable apparition salua la jeune femme et fit apparaître dans sa main droite la poupée vue précédemment. Avec les fils qui la reliaient à ses doigts, il jouait avec elle comme s’il s’agissait d’une créature indépendante et lui demanda à travers son masque, sans prêter attention à la demoiselle.


‘’Dis, tu crois qu’elle va bien vouloir nous rejouer sa musique ?’’

La poupée, manipulée par son hôte, haussa les épaules. Les deux regardèrent alors de concert la jeune femme qui comprit enfin à qui elle avait affaire. Et je ne doute pas que l’identité de cet être vous est apparue depuis quelques phrases, il s’agissait, ni plus, ni moins, du Dieu Sadida en chair et en bois.


Ce dernier, alerté par les végétaux, était descendu sur le Monde des Douze pour entendre la fameuse musicienne prodige. Mais face à un être d’une telle prestance, difficile de garder ses moyens. Prise par le trac, la jeune disciple tremblait comme une feuille à la merci du vent.


Constatant cela, Sadida émit un soupir de tristesse, puis son masque arbora un grand sourire. De sa main droite tirant les fils de sa poupée, il fit monter cette dernière sur sa jambe du même côté. La marionnette se tint debout, et d’un mouvement de son petit bras, les végétaux environnants se mirent tous en branle pour former un véritable orchestre improvisé.


La Sadida observa et constata de ses yeux le pouvoir de son dieu. C’est alors que la poupée, manipulé par le divin, agita le bras comme pour donner le tempo. Quelques plantes se mirent à émettre des notes, sans qu’elle puisse comprendre pourquoi ; mais au fond, le tout formait une harmonie appréciable !


Même Sadida, avec son autre main, commença à ajouter des percussion : il tapait sur sa jambe, sur son masque, frottait son poignet moussu… Le nombre de sons que pouvait faire le Père du Peuple des Arbre avec le peu d’attributs qu’il portait sur lui était assez impressionnant… quand on a un corps fait de bois, il faut dire que ça résonne bien !


La jeune femme, entraînée par tout ce qui l’entourait, porta à ses lèvres sa flûte, et au signal de la poupée du dieu, elle se remit à jouer sa mélodie.

Le Dieu Feuillu secoua la tête en signe d’approbation et fit alors disparaître sa poupée. Pouvant ainsi jouer des deux mains, il enrichit ses percussions ce qui intensifia agréablement la musique.

Le résultat final fut sans appel, le dieu apprécia tellement la musique que son pouvoir s’amplifia : dans les environs, les jeunes arbres grandirent subitement sans que personne ne puisse expliquer pourquoi. On prétend aussi que cette année-là dans la région, les fleurs ne furent jamais aussi belles, et les fruits aussi nombreux.


Après ce grand moment, il est dit que la jeune fille se vit, en guise de remerciement, offrir la poupée que Sadida manipulait. Le dieu lui avait montré que la magie vaudou ne servait pas qu’à maltraiter ou à tuer, elle pouvait aussi faire de belles choses. Ainsi, la phobie des poupées qu’avait la jeune musicienne s’envola.



Dans le reste du monde, l’écho de la musique fut interprété comme un signe de la part du Dieu Feuillu, et cette mélodie fut retenue comme étant son hymne.





Un grand merci à Sniam pour la correction et la relecture de cette histoire.
avatar
Eythann

Divinité : Enutrof
Cercle de puissance : 200
Localisation : Enutrosor - Cathédralium doré
Messages : 11

Voir le profil de l'utilisateur http://www.dofus.com/fr/mmorpg/communaute/annuaires/pages-persos/345128800018-eythann

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le Soulier de Sadida

Message par Rwandrall le Lun 25 Sep 2017 - 0:18

Merci pour ce conte, c'était vraiment super <3

_________________

Disciple de Shariva de l'Académie du Tumulte, pourvoyeuse de Larb pour vos évènements.
avatar
Rwandrall
Disciple de Shariva

Divinité : Roublard
Cercle de puissance : 200
Localisation : Dans un théâtre quelconque
Messages : 294

Voir le profil de l'utilisateur http://lyre-ehel.forumofficiel.fr/g13-academie-du-tumulte http://www.dofus.com/fr/mmorpg/communaute/annuaires/pages-persos/613839900018-rwandrall

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum